Pou cracra
Le troisième pou de Trencin.

Comme les trottoirs dégueulaient ce jour-là de la grande migration dominicale qui voit les habitants de Bratislava rejoindre leurs familles aux quatre coins du pays, j’avais pris un chemin de traverse avec ma maison sur le dos. Alors que je suivais la Vla, il m’a sifflé pour que je quitte un instant des yeux mes chaussures qui baillaient d’un fol ennui et d’un brin de mélancolie.
J’ai d’abord cru qu’un camelot requérait mon attention pour un chapelet de montres contrefaites ou une quelconque contrebande de mauvais goût. Mais non, c’était un petit pou noir, bien plus noir encore que les démons qui brassent mes nuits, bien cracra, qui campait les deux pieds dans les poubelles, avec un drôle d’air plein de malice.
je vous l’ai rembarré aussi sec, mais j’y mis les formes, lui rappelant à propos que certaines relations n’ont pas plus d’avenir que les dauphins d’eau douce du Yang-Tsé et que l’amitié a ses saisons comme l’amour ses déraisons. Il l’a parfaitement compris lui aussi et cela n’a pas eu l’air de l’attrister outre mesure.
C’est ainsi que je poursuivis ma patrouille l’abandonnant à son petit commerce au sort incertain, pendant que la ville bruissait toujours des départs d’autobus, tirés à la vitesse des orgues de Staline dans un large tourbillon de poussière, sans doute pour faire un peu d’ombre au lourd soleil continental de Trencin.






