La taverne du gouzou
C’est l’heure de la fermeture !

Ça monte et c’est lourd - Allons, Hue !
- Frères de renfort, votre main ?…
C’est trop !… et je fais le gamin ;
C’est mon Calvaire cette rue !
Non ! gouzou barman, ferme pas déjà ! C’est toujours dur de quitter un bar, surtout quand la pente est raide ! La cloche doit sonner, sonner ! Les clients s’en vont lentement, à regrets, à reculons, puis giclent sur le trottoir comme des paquets de mer qu’on aurait écopé, comme le sang d’une aorte qu’on aurait tranchée.
C’est triste un bar qui ferme. Y reste plus que le trottoir, la nuit, vous et une petite pluie froide. Y reste surtout le plus dur à faire, trouver le bon trottoir qui vous ramènera à la maison, pendant que l’eau du port continue de danser la gigue… C’est là qu’il faut avoir un bon compas et une certaine aisance dans la navigation à l’estime.
Si ça tangue, O.K, mais si ça monte, moi je bouge plus un cil et j’attends l’omnibus du petit matin en me disant que Dieu pourvoirra au reste.
- Mais il fut un Dieu pour ce drille :
Au soleil loupant comme ça,
Dessinant des yeux une fille…
- Un omnibus vert l’écrasa
Le premier extrait est la première strophe du convoi du pauvre et le second, la dernière strophe d’idylle coupée. Les deux sont de Tristan Corbière.
Comme l’histoire peut pas continuer plus loin, je descends là aussi. :o) C’est ainsi que je fis connaissance avec Arsène le noctambule…





